Mercredi 16 mars 2011 3 16 /03 /Mars /2011 15:37

En limogeant Michèle Alliot-Marie, et avec un énième remaniement ministériel sans réelle conséquence, Nicolas Sarkozy ne donne finalement aucun signe encourageant sur la capacité de la France à tirer les leçons des événements survenus récemment dans le monde arabe. Nous avons « fait un exemple », désigné un bouc émissaire en la personne de MAM, mais Nicolas Sarkozy se montre incapable de faire un mea culpa. Ce n’est pourtant pas Michèle Alliot-Marie, qui a reçu en 2007 à l’Élysée Mouammar Kadhafi en lui déroulant le tapis rouge ! C’est notre Président de la République, en personne et en grande pompe.

 

D’autres réceptions et relations diplomatiques sont discutables. Souvent le pouvoir de l’argent nous fait perdre le fil de nos idéaux, de nos combats. Qu’exige la France, en matière de respect des droits sociaux et de respect des Droits de l’Homme, des partenaires économiques qui nous achètent des avions ou des trains grande vitesse ? Pas grand chose. Depuis trop d’années, la France ferme les yeux en échange de gros chèques : ici sur certains régimes politiques autoritaires, là sur le travail des enfants…

 

La patrie des Droits de l’Homme mérite mieux qu’une politique extérieure de marchands du Temple. Elle mériterait d’être repensée, corrigée non pas en fonction d’intérêts économiques mais au regard de la devise nationale : « Liberté, égalité, fraternité », qui n’a de sens que si l’on souhaite lui conférer un statut universel. L’explosion populaire vécue par les pays arabes nous met face à nos propres contradictions, et nous rappelle nos soutiens les moins glorieux, les plus contestables.

 

Il faudrait prendre ces événements comme une chance pour la France : comme le point de départ d’une « nouvelle » politique étrangère à bâtir, qui soit courageuse et en adéquation avec nos valeurs démocratiques et républicaines. Surtout, ce qu’il ne faudrait pas, c’est « faire un exemple » en éjectant un ministre pour pouvoir continuer comme avant, sans que rien ne change. Malheureusement, je crains que le président Sarkozy ait fait  le choix de ne pas choisir.

Par René Souchon
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Jeudi 3 février 2011 4 03 /02 /Fév /2011 09:41

Le commissaire à l'Agriculture, Dacian Ciolos, se montre ouvert à une régionalisation des aides de la PAC, indique le rapporteur du Comité des régions sur l'avenir de la PAC, René Souchon, alors que, selon lui, le maintien de son budget après 2013 semble aujourd'hui assuré.

 

"La PAC sera sauvée." C'est le sentiment de René Souchon, rapporteur sur l'avenir de la PAC au Comité des régions, au lendemain de la session plénière du comité des 27 et 28 janvier, à laquelle a assisté le commissaire à l'Agriculture, Dacian Ciolos. Selon lui, l'avenir de la PAC n'est pas menacé sur le plan budgétaire et il est même certain qu'elle représentera le premier poste du budget de l'UE pour la période 2014-2020. Les discussions sur la PAC après 2013 sont lancées depuis la communication de la Commission européenne du 18 novembre 2010. Parmi ses propositions : orienter les paiements directs en faveur des agriculteurs vers le développement durable, simplifier les instruments de gestion des marchés et renforcer la compétitivité et la promotion de l'innovation de la politique de développement rural. La Commission propose aussi de nouvelles mesures afin d'aider les agriculteurs à faire face à la volatilité des prix et des revenus. 

Sauvée au détriment de la politique régionale

Mais l'avenir de la PAC est tributaire du contexte de restrictions budgétaires qui accompagne les négociations sur le futur budget de l'Union européenne. Pour la première fois, le budget de la PAC et celui de la politique de cohésion sont négociés en même temps. Ces deux politiques représentent respectivement 42,7% et 35,7% du budget européen pour la période 2007-2013. De fait, les deux politiques sont mises en concurrence. Quant à savoir laquelle risque d'en faire les frais, il faut distinguer "le discours officiel de la vérité", estime le président du Conseil régional d'Auvergne. Le discours officiel, qui se veut rassurant, est celui du commissaire à la politique régionale, Johannes Hahn. En 2010, il s'était prononcé en faveur d'un maintien de la politique de cohésion pour toutes les régions européennes. C'est l'un des enjeux du forum sur l'avenir de la politique de cohésion qui se tient jusqu'à mardi soir à Bruxelles. Mais selon René Souchon, "il faut être lucide, réaliste", la PAC sera sauvée au détriment de la politique régionale. Cela tend à se confirmer par la position franco-allemande du 18 novembre 2010 et le discours du ministre de l'Agriculture et de l'Aménagement du territoire, Bruno Le Maire, lors de ses voeux à la presse, le 26 janvier 2011. Ce dernier, chargé de négocier les deux dossiers en même temps pour le compte de la France, ne cache plus sa préférence pour une PAC forte et une politique de cohésion recentrée sur les régions qui en ont le plus besoin, comme il l'a expliqué dans une interview au quotidien spécialisé Euractiv.fr.


Maintien du budget de la PAC ? La France et l'Allemagne, les deux premiers bénéficiaires de la PAC avec respectivement 9,5 et 6,3 milliards d'euros en 2009, se sont prononcés pour. Mais, selon René Souchon, il faudrait aller au-delà. En effet, les Etats membres étant plus nombreux et les pays de l'Est réclamant plus d'aide, le maintien du budget de la PAC à périmètre constant semble difficile. Un rééquilibrage des aides amènerait la France et l'Allemagne à voir leur retour sur contribution diminuer.

Filets de sécurité

Pour que les collectivités territoriales puissent pleinement jouer leur rôle, deux enjeux essentiels doivent être respectés, insiste René Souchon : la régulation des prix du marché et la régionalisation des aides.


Concernant la régulation, l'élu est assez sceptique. En effet, il regrette que les propositions de réforme de la PAC ne prévoient pas de mesures de régulation fortes, mais seulement des "filets de sécurité". Ainsi, pour faire face à la mondialisation, la Commission européenne n'a prévu d'inclure "l'extension de la période d'intervention, l'application de la clause dite de "perturbation du marché" et du stockage privé à d'autres produits qu'en cas de crise des prix et de perturbation du marché. Ces mesures, telles que le prix d'intervention, permettent à l'Union européenne, pour un produit agricole donné, de fixer une sorte de prix minimum pour les agriculteurs européens, afin de soutenir les prix sur le marché communautaire. Ainsi, en cas de surproduction, les prix chutent. L'Union européenne peut alors racheter au prix d'intervention les denrées pour les stocker et les revendre plus tard moins cher. Mais selon René Souchon, ces mesures sont le fruit d'une "Europe libérale" et ne suffiront pas à maintenir l'agriculture et à lutter contre la volatilité croissante des prix. Un exemple concret est celui du bassin allaitant français qui est menacé par l'importation de viande brésilienne bien meilleur marché.

Zones de montagne

"Le commissaire s'est montré positif sur les thèmes abordés avec le Comité des régions", explique René Souchon, qui a pu s'entretenir directement avec lui lors d'un débat organisé par l'Association des régions européennes et des produits d'origine (Arepo). Le commissaire s'est notamment montré ouvert sur la question de la gouvernance territoriale des régions et prévoit même des mesures pour s'adapter aux zones de montagne. Les deux hommes se sont mis d'accord sur l'octroi d'un soutien plus important à ces régions ayant des gains de productivité faible et qui sont donc peu attractives. Ils considèrent qu'une gouvernance territoriale permettrait de prendre en compte leurs handicaps avec des adaptations spécifiques.


L'autre enjeu essentiel serait de "régionaliser les aides de la PAC". Cette territorialisation au niveau régional permettrait de mieux articuler politique de développement rural et politique de cohésion pour assurer une meilleure cohérence sur le même territoire. En effet, le développement durable, financé par le Feader, est géré au niveau national, tandis que le développement territorial, financé par le Feder, est géré au niveau régional. La mise en œuvre des aides de la PAC à l'échelon pertinent permettrait de valoriser le potentiel de ces régions et de tenir compte de leurs spécificités. En effet, il y a aujourd'hui une multitude de modèles d'agriculture et selon René Souchon, seules les régions sont capables d'apprécier ces divergences. Il avait déjà insisté sur ce besoin de régionaliser les aides dans son rapport d'initiative présenté en mai 2010, mais cela n'a pas été repris dans les propositions de la Commission européenne. Pourtant l'Assemblée des régions d'Europe ainsi que le commissaire Dacian Ciolos seraient d'accord. Il semble que le problème reste politique.


Dès lors René Souchon se dit "inquiet" pour les territoires ruraux, notamment pour les régions à handicap naturel, telles que les zones de montagne. Certaines d'entre elles sont menacées par le projet de révision des critères de zonage qui doit entrer en vigueur au 1er janvier 2014. Les zones défavorisées simples et de piémont en seraient les premières victimes, une région comme l'Auvergne en pâtirait lourdement.


Verdissement de la PAC

 

"La PAC de demain sera beaucoup plus orientée vers le développement durable qu'en 2007", souligne enfin René Souchon. Ainsi, la Commission européenne propose de renforcer les performances environnementales de la PAC au moyen d'une composante écologique obligatoire dans les paiements directs. Dès lors, au-delà des exigences minimales pour l'obtention du premier niveau d'aide (paiement unique à l'hectare), les pratiques et systèmes de production les plus respectueux de l'environnement et des ressources naturelles seront encouragées. Selon René Souchon, on assiste à une évolution dans les mentalités qui se traduit par un rejet de ce qui n'est pas de qualité. Lors de la session plénière, le Comité des régions a ainsi adopté à l'unanimité un avis sur les systèmes agroalimentaires locaux. Cet avis prévoit notamment la création d'un programme de soutien à la promotion des produits agroalimentaires locaux qui dépendrait du premier axe du second pilier de la PAC. Il promeut les circuits courts et la relocalisation des produits de qualité.


Dans la lignée de ces travaux, René Souchon présentera prochainement un rapport sur les "spécialités traditionnelles garanties". Le qualitatif ne pouvant être dissocié du développement durable, le président du conseil régional d'Auvergne considère que l'Europe entre dans une nouvelle ère et que "la PAC de demain n'aura que qualitativement peu à voir avec la PAC d'hier".

Par René Souchon
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Vendredi 21 janvier 2011 5 21 /01 /Jan /2011 15:37

Janv.-20-2011_Rencontre-ARF-PM-006.jpgCela faisait un bon moment que mes collègues de l’Association des Régions de France et moi-même demandions à être reçus par le Premier Ministre à Matignon, le dialogue ayant été longuement interrompu. Aux côtés du président de l’ARF, Alain Rousset, nous sommes heureux d’avoir enfin pu rencontrer, jeudi 20 janvier, François Fillon , qui était accompagné de François Baroin et Philippe Richert. Pour l’ARF, cette entrevue a tout d’abord été l’occasion de mettre l’accent sur les conséquences désastreuses de la réforme territoriale.

 

Les collectivités, à commencer par les Régions, sont de gros « investisseurs » sur le plan national. Une réforme qui entraîne la perte de leur autonomie financière est particulièrement paralysante. C’est à ce titre que les présidents de Régions souhaitent une rapide clarification des compétences entre l’Etat et les Régions, et surtout qu’une solution soit trouvée pour les ressources de nos collectivités. Il est impératif de doter les Régions des moyens nécessaires pour assurer leurs missions dans les meilleures conditions possibles. Nous savons tous que le coût de la vie augmente, que nos compétences régionales ne font que s’accroître, et pourtant, en 2011, l’Auvergne a dû bâtir son budget avec 18 millions d’euros de moins qu’en 2010 ! L’Etat ne peut pas ignorer plus longtemps cet état de fait : des marges de manœuvre de plus en réduites compromettent le développement à venir de nos territoires.

 

Au cours de cette rencontre avec François Fillon, il a été convenu que l’Etat et les Régions lancent plusieurs groupes de travail communs. C’est très important : il est crucial que nos collectivités soient consultées sur les questions de stratégie économique et industrielle, d’aménagement du territoire ou d’avenir des transports ferroviaires, pour ne prendre que quelques exemples. Voilà les messages qu’avec Alain Rousset et la délégation de l’ARF, nous sommes allés porter à Matignon, où nous avons enfin été reçus. Le rétablissement du dialogue entre l’Etat et les Régions était nécessaire, en conformité avec l’ambition de la décentralisation. Souhaitons qu’à l’avenir, les échanges entre nous ne soient pas à sens unique et que les Régions seront écoutées, comme il se doit, au plus haut niveau de l’Etat. Les Régions ont besoin de la solidarité nationale, certes ; mais la France, à l’instar des autres pays d’Europe, elle aussi, a besoin des Régions…

Par René Souchon
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